Danse au Festival Paris l’été : un beau doublé

Certains réclament des frites, des frites, des frites… Je réclame des Belges.

Déjà, il y a quelques jours, j’encensais le Collectif Captain Boomer dans un article sur la Grande Galerie. Il y a quelques mois, je vous révélais mon admiration pour les Tg STAN dont j’attends de pied ferme le retour programmé au prochain Festival d’Automne à  Paris. Ils produisent même un spectacle commun avec Anne Teresa De Keersmaeker, autre artiste belge chère à mon cœur. Je jubile, je trépigne d’impatience, l’automne promet d’être savoureux. Bref, vous avez compris, je n’ai pas fini de vous bassiner avec les Belges dans les prochains mois. Cela n’a rien d’une posture, c’est juste qu’ils sont bons selon une échelle de valeur toute personnelle ou alors qu’ils touchent toujours là où il faut me toucher, très simplement.

Et je commence immédiatement avec la suite de l’excellente programmation du Festival Paris l’été 2018 et les deux danseurs qui se partageaient la scène du Monfort dans deux solos remarquables les 31 juillet et 1er août derniers, Jan Martens et Steven Michel. Dans des styles bien différents, les deux artistes nous ont embarqués chacun à son tour soit dans un monde imaginaire sans limite, soit dans un univers bien réel, très intime, plein de drôlerie et d’autodérision. Qui penserait que je suis en train de parler de spectacles de danse ? Le point commun entre ces deux-là, qui collaborent par ailleurs au sein de GRIP (suivez le lien pour en savoir plus sur cette compagnie flamande. Tiens on y revient …) : Un pas de côté, le juste décalage pour capter notre attention, jouer avec nos émotions et nous dévoiler un peu de leur personnalité.

Le premier spectacle, They might be Giants de Steven Michel est une prouesse pour le corps du danseur et un dépaysement pour le spectateur. Il tient sur le concept un peu fou qu’il est possible d’interpréter une pièce de pratiquement 1 heure sans jamais montrer son visage. Voire même sans jamais se présenter au public coté face. Vous imaginez bien qu’avec ce postulat, le coté pile, les pieds, les jambes et les mains doivent s’activer avec beaucoup d’énergie.  Et le pari est réussi alors que les extrémités, le dos et les fesses du danseur s’agitent avec une remarquable précision au rythme d’une bande son électro, le tout augmenté par un jeu de lumières astucieux. Il fallait déjà en avoir l’idée ! Je me suis d’abord demandé comment il pouvait bien avoir une vision de sa propre performance alors qu’il passe une bonne partie de son temps cul par-dessus tête. Il se filme ? Et puis ces considérations assez terre à terre ont rapidement déserté mes pensées, vite emportées bien loin de la salle du Monfort, dans d’autres mondes un peu farfelus, du style de ceux qu’on s’invente quand on est enfant. J’y ai vu des créatures vivantes, souvent drôles, des figures humaines, des animaux, des végétaux et d’autres inclassables bizarrement créés spontanément par mon esprit en ébullition. A la fin, je n’ai quand-même pas pu m’empêcher de me questionner sur ce que mes voisins avaient bien pu voir, eux. Je me suis retenue de le leur demander.

Et puis vient le deuxième solo, plus court, Ode to the Attempt de Jan Martens et avec lui , un retour sur le plancher des vaches au travers de la vision pleine d’humour et de causticité de son métier, de notre époque super-communicante pour le meilleur et le pire, et de lui-même au croisement de ces univers. C’est comme un journal intime tinté d’autodérision qui serait dévoilé dans cette courte pièce où il danse finalement assez peu, occupé à nous faire franchement rire derrière l’écran de son Mac. Mais quand il danse, il danse. C’est précis et tendu alors que quelques minutes plus tôt il faisait le zouave devant sa webcam. Il le dit lui-même d’ailleurs : « Comment se tuer en 3 minutes ». Le propos, faussement modeste, est de nous faire part de 13 tentatives liées à la création et à son rapport au public bien-sûr mais aussi à sa vie privée, à son intimité au propre comme au figuré.  On ne doute pas une seconde que les tentatives vont se transformer en succès.

Les 13 tentatives de Ode to the Attempt de Jan Martens
Les 13 tentatives de Ode to the Attempt de Jan Martens

Outre les passages impliquant le corps, sa galerie de selfies qu’il fait défiler sous nos yeux est franchement croustillante, le message caché à son ex est bien senti et le kitsch est irrésistiblement… kitsch.

Beau doublé dont on ressort revigoré malgré la canicule. Et They might be giants peut être un vrai régal pour les enfants tout en captivant les parents, ce qui n’est pas si courant.

Les bons plans rattrapage du Tatounoscope

Ode to the Attempt et Sweat Baby Sweat de Jan Martens sont programmés ensemble dans le cadre de la saison 2018/19 du Théâtre de la Ville de Paris. Au théâtre des Abbesses du 6 au 11 mai 2019. La billetterie hors abonnement ouvrira le 6 avril 2019.

Pas de date en vue pour le solo They might be Giants de Steven Michel. Mais sa collaboration avec Théo Mercier pour la mise en scène de Affordable Solution for Better Living dans le cadre du festival Séquence Danse Paris, au 104 les 5 et 6 avril 2019, méritera sans doute notre curiosité.

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