Le point sur Barbara

2017. Barbara est morte il y a 20 ans. Sauf à vivre dans l’isolement le plus total ou tout simplement pas en France, fan ou pas, vous n’avez pas pu rater cette date anniversaire. Les rétrospectives, hommages, créations à la mémoire de l’artiste ont fleuri de-ci, de-là, difficile d’y échapper cet automne. Même si entre les bonnes intentions et le rendu des projets proposés il y a parfois un monde, tous ceux auxquels j’ai assisté ont eu le mérite de m’éclairer sur la personnalité de Barbara et de la rendre très attachante. Il faut dire que j’étais dans le flou. Oui, une drôle d’impression d’avoir toujours écouté et apprécié Barbara sans vraiment bien connaître son oeuvre, sans jamais avoir acheté un album et surtout sans rien connaître de la femme qui restait mystérieuse et qui force désormais mon admiration. Je l’imaginais sombre, elle était apparemment drôle. Je la pensais « marginale », j’ai découvert une femme tout simplement passionnée et libre pour son époque, juste une femme comme on l’entend (presque) aujourd’hui mais avec le talent en plus. La première à interpréter ses propres textes avec Anne Sylvestre, difficile à imaginer quand on est née après 68… Le flou sur Barbara me suit depuis l’adolescence, du journal intime où je recopiais les paroles de ses chansons avec sans doute quantité de ronds sur les « i » (voire des coeurs) au choix inexpliqué de « l’aigle noir » dans les textes présentés au bac de Français ! Quand on sait que le texte évoque son père incestueux, je me demande bien ce que j’y avais compris et dans quel thème j’avais bien pu le glisser. Et puis, étudiante, je l’avais furtivement vue sur scène devant un public déchaîné. Je regrette de ne pas avoir bien mesuré ma chance et la valeur de ce moment-là lors d’un concert-fleuve de Jacques Higelin à la fin des années 80. Je n’ai pour seul souvenir que son entrée au fond à droite de la scène. Ce qu’elle a chanté ? Pfff, c’est flou.

Je ne peux pas dire que le film de Mathieu Amalric, sorti à la rentrée, ait beaucoup aidé à m’éclaircir les idées. Je ne suis déjà pas fan des biopics mais ce « Barbara » qui promettait d’être d’un autre genre m’a laissée perplexe, je n’y ai pas compris grand-chose. Peut-être que le film s’adressait à un public de fans ? Disons que je ne devais pas être dans la cible et que mon seul plaisir a résidé dans les images d’archives de la vraie Barbara. Je n’ai rien contre la prestation de Jeanne Balibar, je me suis juste dit qu’Almaric en était toujours amoureux et qu’il s’était fait plaisir, porté par ailleurs par la critique d’une presse très élogieuse. Bref, je reste dans le flou.

Passons aussi sur le spectacle « Vaille que vivre » de Juliette Binoche et Alexandre Tharaud à la Philharmonie en octobre dernier, deux artistes qui pourtant m’enchantent. Là, on peut parler d’électrocardiogramme plat en ce qui me concerne. Des déplacements travaillés et qui ne sonnent pas vraiment justes, voire téléphonés, des mélodies bien-sûr très bien interprétées, propres, des textes parfaitement dits plus que chantés, du beau travail tant pour le pianiste que pour l’actrice mais aucune émotion qui ne m’atteigne. Barbara reste lointaine.

Ce n’est que la riche exposition « Barbara » de la Philharmonie de Paris concoctée par Clémentine Deroudille, qui m’a vraiment fait découvrir la femme qui se cachait derrière les textes qu’on connaît tous plus ou moins. Deux heures à baigner dans l’univers de l’artiste jusque dans sa maison, jusqu’à ses cahiers A4 à petits carreaux où son écriture paraît si actuelle, jusqu’à sa voix sur des messages téléphoniques à ses amis (il y a donc des gens qui avaient gardé des micro cassettes avec ses messages !), jusqu’à sa discrète mais sincère implication dans la lutte contre le SIDA. J’ai adoré et je vous conseille ce parcours de ses débuts à son dernier concert. Il est encore temps jusqu’au 28 janvier 2018. Depuis je vois plus clair mais toujours au passé, le meilleur est à venir.

Le début du meilleur c’est, à ma grande surprise, Gérard Depardieu sans falbala, simplement accompagné du pianiste qui a accompagné Barbara pendant 17 ans, Gérard Daguerre. J’écris « à ma grande surprise » car j’avais entendu plusieurs extraits de son album et les textes étaient plus lus que chantés. Ce soir de début novembre au studio 104 de la Maison de la Radio, Depardieu chantait juste, bien plus que ça, il interprétait avec générosité chacune des 22 chansons qu’il offrait au public, il les incarnait. Tout comme il incarnait les quelques textes au féminin, porte-voix des paroles de Barbara dont on le sentait encore très proche. Touchant. Frissons garantis et enfin on ne parlait plus d’une morte qu’au passé.

Ce petit parcours Barbara s’est terminé en apothéose par le spectacle ARBA donné les 24 et 25 novembre 2017 à la Cité de la Musique par Jeanne Cherhal et Bachar Mar-Khalifé, musicien, chanteur et compositeur franco-libanais. ARBA, c’est le coeur de BARBARA, une idée aussi géniale que ce concert à deux pianos dos à dos. Quoi de neuf alors que tout avait l’air d’être dit ? Tout. C’est LE projet à la mémoire de Barbara le plus abouti que j’aie eu le plaisir de voir cet automne. Une complicité entre ces deux-là qui, même s’ils se tournent le dos, se cherchent sans arrêt et trouvent au bon endroit. Peu de chansons – à noter une interprétation toute personnelle et touchante de Bachar Mar-Khalifé de Göttingen – mais des arrangements des mélodies de Barbara totalement revisitées avec bonheur. Et soudainement on se rend compte que Barbara ce n’est pas seulement la femme, les textes mais aussi la musique riche et variée. Chambouler le passé sans contrarier Barbara, un beau pari pour ce spectacle résolument tourné vers le futur sans dénaturer l’oeuvre originelle. On ressort de la salle avec joie, revigorés par un hommage enlevé, émouvant, énergique et même drôle. Tout sauf plombant ou plombé par le passé.

Je ne vois plus flou, j’ai fait le point. Merci.

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