Jusque dans vos bras

Jusque dans nos bras ils nous les balancent, les réfugiés, les noirs, les musulmans, les gays, les juifs … les Chiens de Navarre. Bref, toutes ces tranches de la population qui constituent pleinement la France d’aujourd’hui mais qui, pour certains, ne feraient pas totalement partie de son identité. Pire encore, pour d’autres qui se targuent de leur ouverture d’esprit, ils sont parfois invisibles.  C’est encore là où ça fait mal que vient appuyer la joyeuse bande de Jean-Christophe Meurisse dans la dernière création des Chiens de Navarre, « Jusque dans vos bras ». Un peu moins trash que le précédent, « Les armoires normandes », ce dernier spectacle n’en n’est pas moins drôle.

Comme je regrette de n’avoir pas connu plus tôt cette bande d’acteurs à l’esprit potache ! Je n’ai fait leur connaissance qu’en 2015 aux Bouffes du Nord et ils ont réussi à déclencher chez moi un fou rire aux larmes, ce qui ne m’arrive que très rarement au théâtre. Un discours fleuve du témoin de la mariée lors d’un mariage loufoque et la visite d’une veuve éplorée à un charlatan qui la met en relation avec son défunt motard de mari m’ont rendue accro. Je me suis promis de ne rater aucun de leurs spectacles à venir. « Jusque dans vos bras » ne m’a pas déçue, j’étais un peu conquise d’avance. Et puis, ils ont la bonne idée de s’installer aux Bouffes du Nord, à mon goût le plus beau théâtre parisien. Ils n’ont pas lésiné sur le décor et la belle salle délabrée sentait bon l’herbe humide qui recouvrait le sol jusque sous nos pieds.

Cette année on ne plonge pas dans les secrets du couple, du sexe et de l’amour mais dans le psychisme de nos contemporains : les Français. Et on rit, on rit, on rit … jaune. Parce dans les Français représentés sur scène, il y a forcément un petit bout honteux de chacun de nous. Soyez préparés à prendre quelques claques lorsque l’un d’entre eux, sortant de son personnage, nous interpelle et demande « Qui d’entre vous a déjà hébergé un réfugié ? ». La salle bondée de bobos est silencieuse. C’est glaçant quand on sait qu’il y a peu de temps il fallait traverser une forêt de tentes Quechua pour atteindre l’entrée du Théâtre à la Chapelle. Et quand on fait appel à nous pour attraper le cordage d’un canot de sauvetage de réfugiés pour les mettre hors de danger, 3 personnes se dévouent péniblement. Moi je me suis dit, « bon, je suis bien calée au 2ème rang, serrée comme une sardine, si je bouge je vais déranger tout le monde, à quoi bon ? ». Comme dans la vie quoi ! L’introduction du spectacle par un pseudo « chauffeur de salle » vaut le détour quand il nous demande de fermer les yeux, de respirer et de prendre la main de notre voisin.

Je retiens de cette soirée un irresistible pique-nique sur l’herbe où une banale conversation entre amis se transforme en lancé de phrases aussi absurdes qu’assassines (« Ne me dis pas que je n’aime pas les musulmans, j’ai passé le 31 à Marrakech ! »), l’hystérie d’un agent de l’Ofpra qui reçoit un demandeur d’asile et qui craque (« Emmenez-moi avec vous au Congo ! ») et l’intérieur chic d’un couple de bobos en mal de sensations qui accueille des réfugiés africains (« Vous avez fait bon voyage ? »).

Je n’ai pas adhéré à tout comme par exemple à cette courte scène qui fait intervenir le Général Brahim de Gaulle et Marie-Antoinette à laquelle je n’ai rien compris. Je suis juste restée bouche bée devant ce jeune homme de 2m46, dont le talent d’acteur semble encore assez enfoui mais dont la seule présence en scène marque les esprits.  Toutes les saynètes ne sont pas de qualité égale mais il ressort de l’ensemble du spectacle un vrai travail d’écriture et de belles prestations d’acteurs.

Il est encore temps ! « Jusque dans vos bras » aux Bouffes du Nord à 20h30 jusqu’au 2 décembre 2017.

 

Une réflexion au sujet de « Jusque dans vos bras »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s