L’admirable monologue de l’ange

Admirable et tout aussi effroyable, ce monologue brillamment interprété par une toute jeune actrice d’une vingtaine d’années dans « Mon ange » au Théâtre Tristan Bernard. Lina El Arabi nous cueille dès le début de sa voix assurée, dans le noir complet, un noir un peu angoissant, pour mieux nous transporter dans l’univers sombre de cette jeune kurde devenue malgré elle combattante contre Daech à Kobané, une ville syrienne frontalière avec la Turquie. Le théâtre a cet avantage sur le cinéma qu’aucun générique ne vient nous asséner un vendeur « d’après une histoire vraie » avant même de savoir de quoi il s’agit. Bon, le Tristan Bernard ne se gêne tout de même pas pour le coller dans ses flyers. Qu’est-ce que cela peut bien nous faire ? Est-ce que ce texte a soudainement plus de valeur parce qu’il est inspiré de la courte vie de Rehana largement étalée sur Facebook ? Je ne crois pas. J’ai reçu la pièce pleinement sans le savoir, je suis rentrée sans hésitation dans cet étrange et obscur univers matérialisé par des feuilles mortes (ou des plumes ?) pendantes et tournoyantes, j’ai eu peur pour elle, j’ai même pleuré.

Pendant plus d’une heure on s’accroche à la voix sûre de Lina El Arabi, à sa posture solide. Elle nous raconte comment son personnage, une adolescente, fille de paysan qui, au moment même où elle apprend qu’elle va pouvoir réaliser son rêve de devenir avocate, se réveille sous le feu des combattants L’EI. Enfin si son père, qui lui avait prévu un autre avenir, avait bien voulu. Mon ange, c’est comme ça qu’il l’appelle. Il y a malgré leurs divergences un amour vrai et une complicité entre ces-deux là et c’est cet attachement qui la mènera à sa perte. Les dialogues entre les deux, signifiés par des changements de voix qui relèvent un peu du numéro d’équilibriste apportent juste ce qu’il faut d’humour pour encaisser tout ce que le spectacle charrie comme gravité.

La scénographie spécialement réussie nous laisse nous promener à notre guise dans les lieux suggérés du cauchemar, baignés d’une très faible lumière. Par contre, la bande son  ,elle aussi très efficace, ne cesse de nous ramener dans une réalité terrifiante faite des bruits de la guerre. On sursaute sur son siège d’autant que la jeune fille porte une arme  menaçante qu’elle semble manier à la perfection.

Bref, j’adhéré. Et encore une fois je suis ébahie devant le talent d’une actrice aussi jeune. (je me faisais la même réflexion lors d’une pièce à laquelle j’avais assisté également au théâtre Tristan Bernard. Voir cet article). Apparemment Lina El Arabi a été très remarquée lors du Festival Off d’Avignon 2017. Pourvu qu’elle poursuive dans cet élan.

Heureusement le cauchemar syrien nous parvient par bribes au cinéma et au théâtre et cela fait chaque fois froid dans le dos, de quoi réfléchir sur la situation des réfugiés, ceux qui apparemment nous encombrent. C’est probablement leur dernier souci, d’être encombrants… Dommage que la salle ce soir-là n’ait pas été remplie au tiers. Situation qu’on ne voit jamais dans le théâtre subventionné, le décalage est impressionnant. La seule bonne nouvelle est qu’on peut y aller au dernier moment, il y aura de la place sans s’y prendre 6 mois à l’avance. Et toc ! Ca c’est pour un ami (parisien) qui m’a sorti récemment que Paris était une ville de « retraités » où il fallait connaître son emploi du temps un an à l’avance pour accéder aux spectacles intéressants. C’est partiellement vrai mais pas toujours, la preuve.

Au théâtre Tristan Bernard,  64 rue du Rocher, Paris 8

« Mon ange » est une adaptation par jérémie Lippman de la pièce « Angel » du dramaturge britannique Henry Naylor et constitue le troisième volet de sa trilogie « Arabian Nightmares » consacrée aux guerres au Proche-Orient, à la torture, au terrorisme et à la liberté des femmes.

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