Mon premier oratorio

Ma résolution de la saison : Assister à des concerts de musique classique. Mieux vaut tard que jamais. Autant je nage comme un poisson dans l’eau de la programmation théâtrale, je vogue aisément dans les spectacles de danse contemporaine, je me laisse de plus en plus flotter dans les arts du cirque, autant mon approche de la musique classique ressemble à une brasse très coulée. Je pars de loin, je n’ai pas les codes. Alors que j’essaie d’apprivoiser chaque jour, et depuis un an, un piano qui me donne du fil à retordre, le répertoire m’est encore bien opaque et je pensais qu’exercer mes oreilles ne serait pas un luxe. Alors je me suis dit que la Philharmonie de Paris m’y aiderait sans doute.

Tout ne fonctionne pas du premier coup et je suis ressortie de ce premier concert du Berliner Philharmoniker accompagné du chœur Accentus et dirigé par Sir Simon Rattle, avec un électrocardiogramme quasi plat. Pas sûre que les émotions que peuvent me procurer les corps, les textes ou la peinture arrivent à surgir aussi spontanément lors de ce genre de représentation.  Je me suis peut-être mis des bâtons dans les roues car il s’agit d’un concert vocal, qui plus est un oratorio – La création de Joseph Haydn – dont le sujet est la création du monde par Dieu. Pas vraiment ma tasse de thé !

L’important était de le vivre et moi je l’ai très certainement vécu différemment de mes voisins qui dès les premières 5 minutes s’égosillaient à coup de « bravo ! » entrecoupés de « clap-clap » énergiques. Vue la brochette de talents rassemblés sur la scène, je ne doute pas de leur sincérité. Cela dit, je ne me suis pas ennuyée et voilà comment une profane peut y trouver son compte. En guise de mise en bouche, nous avons entendu « un petit poème symphonique – pour Wolfgang » de Georg Friedrich Haas qui dure 5 mn. Parfaitement interprétés par les cordes, les bourdonnements m’ont d’abord fait voyager au milieu des ruches pour finalement me replonger très rapidement dans des souvenirs d’enfance : A ma grande surprise, j’ai revu comme si j’y étais le petit écran en noir et blanc avec en gros plan le sourire de Robert Conrad – alias Papy Boyington – dans le générique des têtes brûlées. Rien à voir donc, mais le souvenir de cet acteur que je trouvais tellement beau à l’époque m’a fait sourire alors que les noeuds pap’ et queues de pie s’exécutaient avec tant de sérieux sous mes yeux. Tellement de sérieux que le chœur déjà installé en vue de la suite, tout en noir, avait quand-même l’air d’assister à l’ enterrement de ce cher Boyington.

C’est ensuite que ça se corse. Pensez-donc, il va falloir se farcir les fameux 7 jours avec moult détails et répétitions depuis le premier brin d’herbe jusqu’à l’homme et à la femme qui lui appartient cela va sans dire. Et là, j’avoue que j’ai un peu regretté d’avoir choisi un oratorio. Sans ce texte quelque peu indigeste j’aurais mieux apprécié la musique, ça ne fait pas de doute. Difficile de résister à la flûte traversière – rossignol, c’était simplement magnifique. C’était aussi l’occasion de réviser mes classiques et de revenir au temps où le curé du village, vieillissant, un peu d’écume au bord des lèvres, ouvrait grand ses bras en forme de cercle tous les mercredi matin pour nous signifier que Dieu avait créé le monde. Et donc j’avais bien zappé que les étoiles et la lune étaient arrivées entre le 3ème et le 4ème jour.

Le 5ème jour fut riche en événements et plutôt croustillant. On avait déjà plein d’oiseaux et de poissons mais pas assez visiblement puisque Dieu leur dit grosso-modo « Allez hop hop hop, on se multiplie et plus vite que ça ! » Mais c’est surtout à ce moment-là que le baryton qui louche sur la soprano depuis le début avec de grands sourires lui décoche un clin d’œil en toute discrétion devant 2400 personnes. Enfin, je garderai en mémoire le visage rougi du chef d’orchestre enfoui dans les boucles blanches de sa tignasse lors d’une envolée d’oiseaux. On ne peut pas dire qu’il ménage pas ses efforts Sir Simon Rattle et quand je pense qu’il connaît les partitions de tous y compris le chœur cela force mon admiration.

Au 6ème jour arrivent enfin l’homme et la femme, notre baryton ne se sent plus de joie, il est l’homme. C’est là que je me rend compte qu’une des choriste, nettement plus expressive que les autres, a un porte-livret sans livret. Elle le porte pourtant ouvert devant elle comme les autres mais ne le regarde jamais puisqu’il est vide. C’est la seule et ils sont 25. Je passe le 6ème jour à me demander pourquoi elle le porte. Par solidarité ? Pour ne pas casser l’uniformité du groupe ? Ca ne trompe que ceux qui sont bien en face aux meilleures place. Mais est-ce qu’ils ont vu qu’elle ne tournait jamais les pages ? Et j’en suis restée là alors que Dieu n’a même pas demandé à l’homme et à la femme de se multiplier !

Bref, je n’ai pas su apprécier ce beau concert à sa juste valeur. Par contre j’ai été impressionnée par l’architecture de la grande salle Pierre Boulez (même si je trouve l’auditorium de Radio France plus chaleureux) et surtout j’ai découvert que même en 4ème catégorie on est bien placé. Pas besoin de se ruiner.

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