Quand mon cœur bat la mesure

Un long mois d’absence déjà depuis le dernier article, la pause estivale, le trou normand (plutôt breton) pour mieux se régaler de ce qui nous attend cette saison nouvelle. Ca y est, la rentrée n’est plus qu’une affaire de jours. J’aime tellement ça que mon excitation doit pouvoir compenser toute la déprime de ceux que cela angoisse. Tout comme l’odeur adorée du plastique des protège-cahiers neufs de mon enfance, je snife volontiers la pile des catalogues 2017/18 des salles parisiennes, chaque année plus luxueux et qui se sont amassés depuis trois mois dans le salon.

Tout cela pour finalement n’y plus tenir et m’offrir une petite pépite de pré-rentrée, un spectacle pas vraiment nouveau – mais une découverte pour moi – sur la bonne idée d’une amie. « Une vie sur mesure »créé par Cédric Chapuis il y a plus de 6 ans et depuis fidèle au Festival Off d’Avignon, est actuellement repris au Théâtre Tristan-Bernard à Paris et interprété par le très jeune et talentueux Axel Auriant-Blot. Le registre est un poil indéfinissable, on est bien dans du théâtre et les Molières l’ont nominé l’an dernier dans la catégorie « seul-en-scène ». Seul humain en scène sans doute, parce que le personnage principal est très bien accompagné : deux batteries lui donnent la réplique, lui mangent même la réplique. L’une séduisante, généreuse, au rouge chatoyant et au style un peu rétro nous attache très vite quand bien-même on ne se connaissait aucun penchant pour cet instrument. Elle s’appelle « Tikétoum ». L’autre, sobre, noire et maigrichonne est redoutablement efficace mais ne sera qu’une passade.

Voilà le décor dans lequel évolue Adrien. Adrien est un jeune garçon pas comme les autres, on le sent tout de suite dans sa diction un brin maladroite. Tout ce qu’il dit est sensé, terriblement logique, il est loin d’être idiot sauf qu’aucun autre le dirait. Dès que la scène s’éclaire, on le découvre habillé de blanc de la tête aux pieds et ses premiers mots sont « ce qu’il y a de bien avec la batterie, c’est qu’on peut y jouer sans instrument » alors qu’il se tape les cuisses en mesure. Déjà on sent le malaise, le truc qui cloche et qu’on ne comprendra qu’à la toute fin de la pièce.

Ce qui suit nous attache le coeur alors qu’Adrien nous raconte dans le menu détail, avec un incroyable détachement et beaucoup de candeur, son enfance et son adolescence pas comme les autres. Celles d’un garçon solitaire et incompris de tous, frère, parents, école. Le récit n’est jamais pleurnichard et nous est offert avec finesse, on rit beaucoup devant tant de naïveté. Les anecdotes comme la rencontre avec sa première petite amie sont drôles et tendres. Il n’y a pourtant pas toujours de quoi rire quand il évoque son « Bernard », un père brutal qui à sa manière s’adonne à la batterie sur lui et sa mère. La batterie, c’est elle le centre de sa vie qui, contrairement au reste du monde, a une telle importance qu’elle ne souffre aucune approximation. On est frappé par le contraste entre le détachement d’Adrien pour les claques reçues à l’école et à la maison et autres humiliations et sa connaissance pointue, obsessionnelle du rythme. Surtout, il prend la peine de nous le démontrer et on le voit se transfigurer alors qu’il  nous joue un « florilège » de morceaux très variés de manière assez pédagogique. Le public accroche vite en battant la mesure sur certaines musiques bien connues. Mine de rien, Adrien nous fait du bien en partageant sa passion, on est heureux quand on réalise que ce gamin est un génie à sa façon.

L’enchaînement du monologue et des morceaux joués à la batterie se fait très naturellement d’autant que l’acteur, Axel Auriant-Blot semble aussi à l’aise dans les deux registres. De quoi forcer l’admiration pour le très jeune artiste de 19 ans. De bons jeux de lumière et un rythme soutenu font qu’on reste accroché à ses lèvres et ses baguettes sans jamais s’ennuyer.

J’en profite aussi pour applaudir le choix du théâtre Tristan-Bernard qui nous rappelle que le théâtre privé aussi peut donner sa chance aux jeunes sans être racoleur et sans trop délester nos porte-monnaie (env. 20 euros au 3ème rang d’orchestre).

Bref, il est encore temps, allez-y !

Une vie sur mesure  au Théâtre Tristan-Bernard jusqu’au 31.12.2017 au moins.

 

 

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