Le bruit du scotch

Le craque-grincement du ruban adhésif qu’on déroule quand on fait ses cartons pour un déménagement. Vous le visualisez ou plutôt vous l’entendez bien ? Eh bien, multipliez-le par plusieurs dizaines et vous voilà dans l’ambiance du chantier de la ville éphémère d’Olivier Grossetête à la Villette pendant 15 jours dans le cadre du Festival Paris l’été 2017.

La ville éphémère est un projet participatif pour de vrai, je veux dire par là qu’on n’a pas collé « participatif » sur le prospectus pour faire joli. Non non, chacun peut y aller de ses biscoteaux pour soulever les bâtiments de carton à échelle réelle ou de ses tatanes pour mieux écraser la ville lors de sa destruction. Il est fortement conseillé de mettre la main à la pâte avec le sourire. La destruction volontaire de la ville par le public fait aussi partie du projet et en est même un de ses moments forts.

Pour cela, il faut bien-sûr que les intempéries n’aient pas tout détruit avant. La pluie et le vent ne font pas bon ménage avec une ville en carton surtout que le défi n’était pas chiche sur la taille des bâtiments dont certaines tours prévues pour faire plus de 20 mètres de haut. La météo parisienne du 17 au 30 juillet 2017 en avait décidé autrement puisqu’au moins 8 superbes sculptures de carton – plusieurs tours, immeuble haussmannien, arc de triomphe – se sont écroulées toutes seules durant ces 2 semaines. C’est dommage mais c’est aussi leur vocation même si décider soi-même de leur dernière heure est bien plus amusant pour tous.

Ils en ont pourtant des idées, du talent et du coeur à l’ouvrage, Olivier et ses 5 chefs de chantiers tellement sympathiques, capables de se mobiliser sans compter sur ce projet fou dont la vocation est de finir dans les bennes compacteuses de la Mairie de Paris. On sent bien qu’ils veulent partager, donner du plaisir, tenir leur objectif. Et ça fonctionne, on les suit sans se poser de question, on bâtit selon les plans, on assemble, on élève et on scotche à tout va dans une étrange énergie collective parce que le résultat est beau et les proportions inattendues. Ca fait rêver tout simplement.

On se dit qu’au bout de 15 ans, c’est la routine pour eux. Pourtant ce dimanche matin 30 juillet, dernier jour de la ville, j’arrive rejoindre l’équipe des ambassadeurs (les t-shirts roses), les chanceux aides de camps improvisés de l’équipe Grossetête ; Le bel arc de triomphe s’est écroulé dans la nuit, soufflé par les rafales de vent. On sent que ça leur a un peu entamé le moral, il ne reste quasiment plus que la sphère debout, un clin d’oeil à la Géode, sur la douzaine de bâtiments prévus. Il y a du Sisyphe dans l’air d’autant que pendant toute la matinée, il n’y avait pas foule autour de grande fontaine pour donner un coup de main. Qu’à cela ne tienne, dans l’après-midi la grande tour (d’une quinzaine de mètres de haut) s’est élevée à un bon rythme avec l’aide des visiteurs petits ou grands, un nouveau terrain de jeu pour le grimpeur Antoine le Ménestrel. Un bâtiment improvisé aux colonnes ioniques et aux proportions plus raisonnables est aussi sorti des pavés devant la Grande Halle.

J’en garderai le souvenir joyeux d’un travail collectif avec les ambassadeurs et de l’incroyable engouement des passants à construire quelque chose « ensemble ». La montée d’Antoine le Ménestrel au sommet de la tour a fait son effet, il faut dire que ses appuis sur les cartons d’emballages sont parfois hasardeux. Le bouquet final de la mise à terre des constructions grâce à des haubans rend les enfants hystériques quand enfin ils ont le droit de venir piétiner ces tonnes de carton et kilomètres de ruban adhésif. Il doit sans doute y avoir quelque chose de libérateur à sauter là-dessus, j’ai surpris aussi plus d’un adulte à s’y jeter franchement le sourire jusqu’aux oreilles.

Pour aller plus loin, un time-laps filmé à Marseille montre bien l’ampleur des projets de l’artiste et les déconvenues auxquelles il faut s’attendre selon les caprices de la météo.

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